Retour à Stalingrad, quatre mois après le démantèlement du camp

120 jours se sont écoulés depuis l’évacuation du camps de migrants à Stalingrad dans le XIX arrondissement de Paris. Où sont-ils ? Que reste-t-il du passage de ces réfugiés dans ce quartier populaire de la capitale ? 

Il fait meilleur en ce mois de mars,  plus qu’au début du mois de novembre, date à laquelle le démantèlement du camp a été ordonné. Tout est quasi normal, rien n’à signaler, les affaires des migrants ont disparu. Un quartier de l’Est parisien dans sa routine. C’est étrange de se dire qu’ici il y a peu de temps vivaient plus de 2000 migrants à même le sol. L’allée centrale de l’avenue de Flandre séparant les deux sens de circulation est encerclée de barrières. Elles empêchent les migrants de s’installer de nouveau et pour faire joli des pots de fleurs ont fait leur apparition. Un bandeau de la Police Nationale, est resté accrocher à un arbre, seul détail qui atteste de ce qui s’est déroulé ici.

Une trace d’un bandeau de police toujours sur les lieux © Salomé Canuel

Les commerçants à proximité disent ne plus voir de migrants passer. Dans une des rues adjacentes, une mère de famille nous raconte:

 » Il n’y a plus de grands camps, comme à Stalingrad ou sous la Halle Pajol. Pendant l’hiver, les conditions étaient très difficiles, j’ai parfois aperçu des bagarres entre migrants. Un autre jour, j’étais avec mon fils pour l’emmener à la bibliothèque, regardant un migrant se brosser les dents dans l’eau du caniveau ; je ne savais pas comment lui expliquer. Maintenant j’en vois certains  se réveiller le matin dans le jardin public »

Une partie des migrants de Stalingrad ont été placés dans le nouveau centre de migrants Porte de la Chapelle, et dans le centre d’Ivry-sur-SeineCe centre temporaire est déjà saturé, quelques mois à peine après son inauguration.Les migrants accueillis ne sont là que temporairement.

Les centres d’accueils sont-ils vraiment efficaces  face à l’afflux des migrants ?

Tout est mieux que la rue mais les insuffisances des centres d’accueil sont bien réelles. Les migrants se dispersent par petits groupes, dans un périmètre de Stalingrad, jusqu’à la Porte de la Chapelle en passant par Max Dormoy.

« Les p’tit dej à Flandre » résistent toujours à l’indifférence. Cette association met en place une organisation basée sur la solidarité et sur le don. Elle s’occupe quotidiennement de la distribution de petits-déjeuners aux migrants.  Le long des berges en semaine on peut apercevoir, malgré le démantèlement du camp,  le stand constitué d’une planche et deux tréteaux sur lesquels est posé un thermos et du pain. Récemment, des blocs de pierre ont été placés début février, boulevard Ney pour la sécurité selon les autorités à cause du pont. La mairie de Paris se défend d’empêcher les migrants de s’installer en face du centre de la Chapelle.  Sous le pont pour se protéger des intempéries, les migrants se mettent où ils peuvent.

Les blocs de pierre parmi les migrants. ©Alain Joccard/ AFP

En réaction à cette situation inhumaine, un collectif   « Coeurs de pierres et solidaires » est venu inscrire dans la roche son soutien.  Exilés, sans domicile fixe, même sous les ponts les migrants ne sont pas « welcome ». Après les pics pour empêcher les pigeons, les clous en fer pour éviter aux SDF de dormir, les blocs de pierres sèment des obstacles à des personnes qui en franchit déjà bien assez.

Un tailleur de pierre en plein travail © Philipe Caro

Du passage des migrants autour de la place Stalingrad, il ne reste quasiment rien. Comme si on avait voulu restreindre leurs traces de vies, les faire disparaitre, les rendre invisibles. L’actualité passe, les migrants restent.

Portrait de famille jonchant sur l’avenue de Flandre juste avant la démolition du campement. © Salomé Canuel

Salomé Canuel 

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