Ultras : Supporters oui. Criminels non !

Football. Pour certains il s’agit d’un simple sport. Pour d’autres un mode de vie. C’est le cas des Ultras, ces supporters faisant l’ambiance des stades, mais souvent vus comme criminels. Que serait le football sans les eux ? Mosaïque est parti à la rencontre des protagonistes du monde des tribunes.

Ultras, un mot ou une notion qui porte souvent à confusion. Certains assimilent ces personnes à des hooligans, d’autres à de simples passionnés. Avant toute chose, il est donc important de mettre les points sur les i. Qu’est-ce qu’un ultra ? En premier lieu, c’est une personne qui supporte son équipe. Chaque match où tifo il y aura. Ultra sera. Chants, animations en tribunes, ambiance… Telles sont leurs missions. Pour avoir plus de précisions sur la définition de l’ultra, je me suis directement renseigné auprès des principaux intéressés.

Pour Dimitri*, ancien des Boulogne Boys, l’Ultra, est plus qu’un supporter. Il est celui qui va tout faire pour aller voir les matchs à l’extérieur comme à domicile. Jérôme*, supporter lensois va plus loin. « Pour commencer, c’est une manière de supporter son équipe, sa ville. Là où le simple supporter lambda va venir voir son équipe gagner, nous on est là pour aider les joueurs à remporter ce match. Pour cela il y a les spectacles de début du match que nous préparons plusieurs semaines à l’avance et il y a la rencontre en elle-même : les drapeaux sans interruption, les gestuelles, les chants. A l’extérieur comme à domicile il faut chanter plus fort et plus longtemps que l’ennemi. Ultra c’est vraiment un mode de vie. Ultra en général c’est vivre les choses à fond, se dépasser, repousser les limites. Tous unis derrière la bâche de ton groupe. » Vous le constatez donc, à travers ces récits, aucune trace de violence. Car oui, l’Ultra n’est pas hooligan.

Eric*, supporter marseillais nous explique ce qui fait la différence entre les deux. « Un hooligan s’en fout du football. Il veut juste en découdre avec les hooligans adverses. Souvent il n’a même pas de place de stade sur lui. Le monde Hooligan, est vraiment à des années-lumières du monde ultra. Bon après on ne va pas faire les innocents non plus. Le mouvement ultra ce n’est pas un monde de gentil non plus. Il y a de la violence. Mais la majeure partie du temps elle n’est pas organisée. S’il y a une bagarre entre groupes, elle est souvent spontanée. Vous allez dans un stade à l’extérieur vous tombez sur les ultras d’en face il est clair que ça va partir en cacahuète. C’est le jeu. Mais ce n’est pas notre but. » Loin de moi le but de décrire les ultras comme de gentils petits enfants supportant leurs équipes. Mais il était nécessaire de comprendre ce qu’est l’ultra avant de se questionner sur son absolue nécessité, ou pas.

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Les Magic Fans de Saint-Etienne / Photo : Furania-Photo

La situation du mouvement ultra aujourd’hui

Fumigènes, banderoles tendancieuses, parcages visiteurs pleins… Tout cela, disparaît peu à peu. Vous l’aurez remarqué vous qui suivez la Ligue 1 de manière très assidue. Finies les oppositions Paris-saint-Germain, Olympique de Marseille avec 2 000 Marseillais au Parc des Princes. Peu à peu, les instances du football français et les préfectures interdisent des déplacements à tout va. La rencontre d’hier entre le SM Caen et le Stade Rennais s’est déroulée sans la présence du kop rennais par exemple. Le dernier derby entre Lyon et Saint-Etienne s’est aussi vu privé de supporters lyonnais. Beaucoup de décisions que les supporters ne comprennent pas. Car si parfois ces interdictions peuvent s’avérer justifiées, la plupart du temps elles sont incomprises.

Cédric*, supporter stéphanois nous dresse un bilan de la situation aujourd’hui en France.

« Je pense malheureusement que nous arrivons à la fin d’une époque. Les pouvoirs publics, les clubs, bref toutes les autorités ne veulent plus de nous. Nos libertés sont bafouées, nous sommes traités comme des animaux. Nous sommes interdits de partout avec des prétextes aussi ridicules les uns que les autres. Les interdictions de stade se multiplient. C’est devenu invivable à mes yeux. Les pouvoirs publics voulaient faire un grand ménage à partir du moment où on a obtenu l’euro. Avec les nouveaux stades, ils voulaient créer un nouveau football. Football dont nous devions être écartés. Je dois avouer qu’avant l’euro, j’avais hâte d’être juin. Je pensais me poser en terrasse tranquille, et saliver de voir comment les autorités allaient gérer les hooligans de toute l’Europe. Va expliquer aux Polonais qu’ils doivent retirer leurs chaussures avant de pénétrer dans le stade. Finalement je n’ai même pas pu m’asseoir en terrasse comme prévu. Les anglais et les russes avaient pris les chaises pour se les jeter sur la gueule. (Il rit.) Sincèrement je ne sais pas combien d’années le mouvement ultra a devant lui, mais j’ai bien peur que ça se complique de plus en plus. » 

Cet avis très tranché et pessimiste est malheureusement partagé par beaucoup de monde. Néanmoins, le mouvement n’a pas dit son dernier mot. Si les ultras restent réalistes et ne vont pas jusqu’à demander un retour aux années 90, ils ont néanmoins quelques revendications. Fred, supporter bordelais nous les donne.

« Nous voulons juste être considérés comme des citoyens normaux et libres. Rien de plus. Que l’on puisse se déplacer librement sans être considérés comme de dangereux criminels. Il me semble qu’il y a d’autres problèmes en France et en Europe bien plus graves que les ultras. »

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Manifestations d’ultras pendant l’affaire Casti. / Source Midi-Libre / Photos : J.M Mart

Quel avenir pour le mouvement ?

Le football évolue et avance de plus en plus avec du spectateur/consommateur, et de moins en moins avec du supporter/grande ferveur. Le championnat anglais est parfaitement représentatif de tout cela. Il suffit de regarder le prix d’un abonnement à l’Emirates Stadium pour comprendre. En France, c’est le Parc des Princes qui illustre le mieux la chose. Si dans les années 90/2000 le Parc est l’une des plus belles ambiances de France (bien que limite à la fin des années 2000), aujourd’hui le stade n’est plus que l’ombre de lui-même.

« En tant que Parisien, aller au Parc me fait de plus en plus mal. Voir le virage Boulogne et Auteuil à moitié vide dix minutes avant la fin du match PSG-Chelsea est juste horrible. » C’est l’avis de Dimitri. A Marseille, Eric se contente de citer une banderole. « Les ultras sont les vraies richesses d’un club, les vôtres sont dehors… Vous resterez pauvre de passion. » L’avenir de l’ultra en France s’écrit donc en pointillés. En revanche, il n’est pas sûr que le football que nous avons appris à aimer soit le même sans eux.

Loïc HEBBACHE

* Dans un soucis de confidentialité, les noms ont été modifiés.

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