[ITW] Surveillant pénitentiaire: un métier aux deux visages

Un métier d’autorité et d’écoute, favorisant la réinsertion mais prévenant la récidive. Être surveillant pénitentiaire n’est pas de tout repos. Entre menace, chantage et attachement, ces hommes et femmes doivent être capables de trouver le juste milieu. Rencontre avec l’un  deux.

Le métier de surveillant pénitentiaire se féminise de plus en plus / Crédit photo : LCI

Rigueur et stabilité, sens de l’écoute et impartialité, maturité et contrôle permanent… Un surveillant pénitentiaire se doit d’être constamment sur ses gardes. Effectivement, il peut se retrouver rapidement face aux menaces et à l’agressivité d’un détenu. Mais, formé pour cela, il est censé savoir comment réagir. Or, entre la théorie et la pratique, il y a une grosse différence.

« On nous forme mais il y a la théorie et la pratique. Alors certains ne tiennent pas le coup et préfèrent partir. Ce qui est bien, c’est qu’on a des formations en continu. Par exemple, là, j’en ai suivi une sur les alcooliques et une autre sur les déficients mentaux » explique Patrick*, surveillant pénitentiaire en Corse.

Ce métier difficile, souvent méconnu du grand public, est, avant tout, un métier de contact humain. Être surveillant pénitentiaire c’est, à la fois, veiller au respect des consignes de sécurité et de discipline, mais aussi veiller sur la santé physique et psychologique des détenus. Un double rôle donc. D’un côté, fouilles, contrôle et surveillance. De l’autre, accompagnement, soutien et écoute.

« Je passe plus de temps avec eux qu’avec ma famille. Donc forcément des liens se tissent. Il faut cependant se méfier de tout le monde tout le temps. Que ce soit le personnel avec qui je travaille ou les détenus eux-mêmes. Je suis dans un contrôle permanent. Les détenus n’ont rien à faire de leurs journées alors ils sont à l’affût de la moindre information qui pourrait jouer en leur faveur. Il faut être très stable psychologiquement, parce que sinon on peut se laisser influencer. Imaginons qu’un détenu surprend une conversation entre deux surveillants dont un qui avait des problèmes d’argent. Il va le faire chanter en disant « si tu me ramènes ça, je te donne tant ». Et si tu craques tu es foutu ! Ils vont même plus loin, un de mes camarades s’est fait sanctionné parce qu’il a couché avec la femme d’un des détenus. Sauf qu’il ne savait pas du tout qu’elle avait un lien avec lui. Il avait du mal à trouver une copine et le détenu le savait. Il a donc joué avec ça pour le faire chanter. Ils peuvent aller très loin. Il faut vraiment faire attention à tout ce qu’on fait, à tout ce qu’on dit. Moi, par exemple, je m’invente une vie différente chaque jour. J’ai fait le tour du monde, je suis champion de judo… C’est amusant. Du coup à force de leur dire chaque jour quelque chose de différent, ils ne cherchent même plus à savoir ma vraie vie et ça m’arrange. Mais j’ai appris aussi à me méfier de mes coéquipiers. Je ne les fais plus venir chez moi, je ne leur raconte plus mes histoires. Parce qu’eux aussi peuvent s’en servir contre moi. Un soir, j’ai fais venir un de mes camarades à la maison, je l’ai aussitôt regretté. Le lendemain, tout le monde était au courant à la prison. »

Un début de carrière difficile

Prendre du recul et avoir un sens aigu de l’observation, voilà la solution. Il faut savoir faire usage de la force quand elle est nécessaire, mais aussi privilégier le dialogue. Alors, au départ, il est difficile d’allier les deux. Les surveillants pénitentiaires qui débutent ont énormément de mal à savoir comment réagir face à ce monde de tension et de stress.

« Au début, on appréhende les menaces des détenus, leur agressivité à notre égard. Puis ça passe, de toute façon si tu te poses trop de question, tu ne peux pas faire convenablement ton métier. Avec le temps, de toute façon, ils se rendent compte que ça ne sert à rien de mal se comporter. Ils vont devoir cohabiter avec nous durant toute leur peine alors autant faire en sorte que ça se passe bien. Forcément on tisse des liens mais il ne faut pas oublier la hiérarchie : ils sont des détenus et nous des surveillants. C’est justement là où il faut être carré. Il y a des limites à ne pas franchir. Sinon tout est permis. Et certains vont vouloir manipuler le plus jeunes, le plus faible, le plus sensible. Et les plus dangereux, ce sont les longues peines, ceux qui vont rester là un bon moment. Ils guettent la moindre faille de sécurité et passe à l’action, ils sont vraiment très réactifs ! »

Considérés en quelque sorte comme des agents de liaisons, les surveillants pénitentiaires essaient de tout mettre en oeuvre pour qu’une fois à l’extérieur, les anciens détenus s’orientent davantage vers une réinsertion professionnelle plutôt que vers la délinquance. Pour cela, ils ne doivent pas avoir peur d’eux et s’adapter au comportement de chacun.

« Quand on arrive, le personnel nous prévient. « Tel ou tel détenus est plutôt agressif, l’autre est calme ». Ça nous permet de savoir à quoi nous attendre et ainsi d’adapter son comportement en fonction de la personne qu’on a en face de soi. On a aussi accès à leur fiche et donc on peut savoir qui à fait quoi. Personnellement, je préfère ne pas regarder. Parce que je sais que je ne vais pas me comporter de la même manière avec un pédophile qu’avec un dealer de drogue. Et dans notre métier on doit faire preuve de neutralité. »

Un métier prenant mais passionnant

L’année dernière, les prisons françaises ont battu un nouveau record de population carcérale avec 67 839 détenus, pour seulement 57 235 places. Et tout ça pour le même effectif, entrainant donc une surcharge de travail obligatoire et un emploi du temps bien trop chargé.

« On a un planning prévisionnel sur le mois mais il change tout les jours (rire). Tout dépend des absence et de ce qu’il peut se passer là-bas. On peut nous appeler en renfort au moindre soucis. »

Entre le rythme soutenu, la violence, le stress, les menaces… On pourrait penser que ce métier est insupportable. Mais malgré tout, les surveillants pénitentiaires adorent leur travail. Ils évacuent la tension chacun à leur manière.

« Certains utilisent le sport comme échappatoire, d’autres préfèrent se noyer dans l’alcool ».

Mais une chose est sûre, ils apprennent beaucoup sur eux, et ce chaque jour.

« Ce métier était une évidence pour moi, mais il m’a fait énormément changer. J’ai appris qu’il n’y avait jamais rien sans rien. Qu’il n’y avait pas de véritable justice, il y en a qui ne méritent pas d’être là. Et surtout qu’il n’y avait pas de gentils. Parce que les gentils sont en réalité ceux dont il faut le plus se méfier. Regardez, dans tout les faits qu’on entend à la radio, qu’on voit à la télévision, c’est toujours un proche le coupable. Par exemple, pour l’histoire des Trouadec, c’était le beau-frère. Alors oui, on est dans un climat de tension tout les jours, mais il ne faut pas avoir peur. Des menaces, j’en ai tout les jours. Mais c’est à moi de faire en sorte que ça reste au stade de la menace. Et pour ça je préviens d’abord ma hiérarchie puis je porte plainte si je vois que ça va trop loin ».

Le travail de surveillant pénitentiaire est donc épuisant. Il repose sur un savant mélange de théorie et de pratique. Mais le plus simple pour expliquer ce métier reste la vision qu’en ont les enfants et notamment la fille de Patrick* :

« Mon papa ils gardent les méchants pour que je puisse jouer en paix ».

Voilà donc un métier difficile mais rempli d’espoir et de courage.

*le prénom a été changé

Axelle Garcia-Davenne

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