Interview : H-Burns, songeries nostalgiques

A l’occasion de la sortie de son nouvel album, nous avons rencontré le groupe H-Burns. Intime, sensible et tout en retenu, Kid We Own The Summer est l’invitation d’un voyage déjà vécu : l’adolescence. Entretien. 

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Photographie : Christophe Crénel

Votre nouvel album, Kid We Own The Summer, est sorti le 03 février, vous en êtes fier ?

H-Burns : On est toujours fier du petit dernier. J’ai même souvent l’impression que c’est mon meilleur. L’avenir et le public diront, avec le recul, si c’est finalement le plus abouti.

Quelles ont été vos impulsions de départ pour l’écriture de ce cinquième album ? 

J’ai commencé l’écriture de mes propres mains. On a commencé avec les moyens du bord, à la maison. La tête dans la composition, je me suis vite rendu compte que l’on peut y acquérir une touche particulièrement unique, qu’il est parfois difficile de retrouver dans un studio plus professionnel.

Effectivement, Kid We Own The Summer semble plus minimaliste que vos précédents albums, plus intime, aussi…

Surtout au niveau vocal. La plupart du temps, je me suis enregistré en chantant très doucement, ça apporte une certaine proximité avec les auditeurs.

Pourtant, il fallait en définitif une production suffisamment travaillée, afin de répondre aux attentes…

Forcément, à posteriori, le groupe est passé dans un studio. Quand bien même, on a gardé la philosophie de départ, celle que j’appelle « la musique de chambre ».

Une émotion, qui vous a suivi tout au long de l’enregistrement ? 

La communication. Tout d’abord, grâce au travail de la voix. Le but de ce nouvel album, c’est de parler aux gens, de m’exprimer de manière simple et universelle, avec des histoires où chacun peut se reconnaître facilement. Ou pas ! *rires*. Cela peut paraître prétentieux de dire ça, mais c’était en tout cas mon intention…

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Renaud Brustlein, l’homme aux manettes d’H-Burns.

Que raconte Kid We Own The Summer à vos yeux… où plutôt à vos oreilles ? 

Des histoires de non-dits, de trop-dits aussi. Il existe également une énergie très « adolescente » dans ce disque, très « teenage-movie ».

Dans quelques années, une décennie peut-être, lorsque votre musique aura pris un nouvel élan, pensez-vous que le propos de l’album puisse devenir obsolète ? 

Je ne pense sincèrement pas. Attention, je ne dis pas que mon album sera nommé comme un « chef-d’oeuvre » du genre, mais je parle plutôt objectivement de son contenu. C’est un parti pris total : celui de parler naïvement de la vie, en toute honnêteté. Finalement, l’adolescence est le point de départ narratif de l’album… les émotions que je traite dans mes morceaux peuvent, je l’espère, parler à tout âge !

« Je donne les couleurs au label et il m’aide à peindre avec »

Indéniablement, les sonorités semblent paradoxalement plus matures que dans vos précédents albums… Etrange, puisque vous parlez d’adolescence ! Serait-ce en réalité un passage à l’âge adulte ? 

J’ai toujours tendance à croire que la vie est une succession de « passages à l’âge adulte ». On peut être adulte, mais continuer à grandir ! Comme une impression de temps suspendu, qui avance en fonction de nos actes. J’aime cristalliser cette sensation, aussi bien en musique, qu’en regardant des films qui traitent de ce même rituel.

Si vous deviez associer Kid We Own The Summer à la bande-originale d’un film ? 

Récemment, j’ai vu Adventureland, avec Kristen Stewart et Jesse Eisenberg, dont la bande-son très underground m’a inspiré. Dans le film, il y avait ce passage à l’âge mature, avant de partir à la fac… quelque chose d’un peu naïf, dans le bon sens du terme ! Un peu comme mon album.

Des disques qui ont tourné pendant que enregistriez ? 

J’ai beaucoup écouté Elliot Smith. En sachant que j’allais travailler avec Rob Schnapf, le producteur de ce dernier, de Kurt Vile aussi. Smith faisait la moitié de ses sons chez lui et arrivait avec ceux-là sous le bras, en studio. Il ramenait aussi des bouts de chansons sur des petites cassettes et s’amusait à tout remettre en ordre, comme un puzzle. Sa façon de faire m’a passionné, j’ai donc tenté de faire pareil pour Kid We Own The Summer. On l’a donc enregistré en France, puis mixé à Los Angeles.

Vous semblez entretenir une relation de confiance totale avec votre label Vietnam. 

En fait, je ne peux fonctionner autrement que part l’amitié. C’est le troisième album que je réalise chez Vietnam. Avec eux, je parle de musique comme j’en parlerai avec des amis ! De Chicago pour Off The Maps en 2013 à Night Moves à Los Angeles… je donne les couleurs au label et ils m’aident à peindre avec.

« Je vois les textes comme un instrument de musique à part entière »

Vous êtes passé d’un son franchement folk à une musique plus rock, plus indé… une envie ou une contrainte pour avancer avec le temps ? 

Dans mon parcours, il y a toujours eu des envie, des rencontres, mais jamais de contraintes. L’objectif : ne jamais faire le même disque. Ma musique a évolué en fonction de mes souvenirs, de mes voyages… Pour Kid We Own The Summer, j’ai voulu ajouter des claviers, un orchestre, à l’image d’un ado qui à la tête pleine de rêves, de folies. A l’avenir, je reviendrai sans doute à la base guitare/voix, qui sait ? Aujourd’hui, je ne veux pas être classé dans un genre particulier.

Un rapide coup de projecteur sur la musique électronique de nos jours ?

 Je suis un peu mal placé pour en parler. Il semble y avoir une scène underground intéressante et une scène mainstream qui m’attire moins. Je constate que l’électro français s’exporte très bien… regardez la French-Touch ! Daft Punk, Justice, voire Air…

Pourtant, un groupe comme La Femme par exemple, avec des sonorités très rock, tourne désormais aux Etats-Unis…

C’est une formation plus récente. Dans les années 90, il n’y avait que l’électronique qui passait la frontière le plus aisément.

Chanter français, jamais de la vie ? 

Je vois les textes comme un instrument de musique à part entière. Pour le moment, je joue mal le français *rires*. La langue anglaise est réputée pour être d’autant plus musicale ! En France, on produit énormément de « classic-rock ». Pour qu’un son puisse fonctionner à l’étranger, en général, il faut proposer de l’audace, prendre des risques. La scène émergente, comme La Femme que vous avez cité, a toutes les cartes en main pour réussir.

Kid We Own The Summer en un mot ? 

Je dirai « film ». Puisque cet album a été conçu pour être cinématographique. Quand on contemple la pochette, on voit cette personne qui se dirige vers un soleil couchant, ou levant… Où va t-elle, est-elle seule, fuit-elle ? C’est à vous d’y répondre…

Propos recueillis par Samuel Regnard

Merci au label Vietnam pour sa collaboration et à Renaud Brustlein pour son temps.


Kid We Own The Summer, nouvel album d’H-Burns, dans les bacs depuis le 03 février 2017. 

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H-Burns est en tournée dans toute la France et sera de passage à Paris le 22 mars 2017 au Café de la danse. Toutes les informations sont à retrouver ici.

Acheter Kid We Own The Summer.

Image à la une : pochette officielle de kid we own a summer, nouvel album d’H-Burns.

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