[Reportage] Au milieu du nouvel an chinois, le moine Rom-Chang va en paix

Le Nouvel an chinois a débuté le 28 janvier dernier. Les croyants s’activent et préparent les festivités. Mais certains se tiennent éloignés de ces traditions familiales et culturelles. C’est le cas de Rom-Chang fils d’un père chinois et d’une mère cambodgienne. Ce moine, qui vit au centre de Paris, a accepté de répondre à nos questions.

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Credit photo : wiroj

Il  n’y a pas besoin d’organiser de grands festins

En ce vendredi matin, l’homme d’une soixantaine d’années déambule d’un pas léger. Il semble invisible au milieu du centre commercial avenue d’Ivry (13ème arrondissement de Paris). En pleine semaine du nouvel an chinois, le quartier est très agité et pourtant lui, semble en paix. Vêtu d’un kesa, un long tissu orange, et d’un bonnet de la même couleur en laine, l’homme prend son temps et son phrasé l’est tout autant.

Il est difficile de me suivre

Il vient souvent ici, il « nettoie » comme il dit. La femme qui tient l’un des cafés lui a offert un verre. En échange, il débarrasse certains déchets qui traînent. Une fois abordé, Rom-Chang retire son bonnet laissant apparaître son crâne rasé, signe qu’ici « il y a de la chaleur, de l’ambiance ». Cela fait 30 ans qu’il a choisi cette philosophie de vie. Son rôle à lui, c’est de « patienter », de « se libérer », d’être « un modèle » et surtout d’être « en paix » . En paix, cela signifie « vivre seul » loin de sa famille. D’ailleurs, la sienne il n’en parle pas, alors le nouvel an chinois est loin de l’intéresser. Cette fête est beaucoup trop conviviale, familiale et superflue pour cet homme qui se contente du strict minimum. D’ailleurs, ne lui parlez pas de travail. Oubliez ce mot, il est abstrait pour lui. Il englobe beaucoup trop de choses. Et puis il ne cherche pas à gagner de l’argent, les offrandes qu’il reçoit le comblent suffisamment. Même son petit appartement situé boulevard de Charonne (20ème arrondissement de Paris) ne contient que le nécessaire .

« Je vis dans un foyer d’immigrés, je suis seul, les autres ce sont des Africains, des Français, des Ukrainiens… Je n’ai pas beaucoup de choses mais c’est très bien ».

Sa vie semble terne et pourtant il affirme avoir « la plus belle vie du monde ». Et ne croyez pas qu’il soit facile de vivre cette vie car il est difficile de le suivre :« la vie de moine signifie changer de vie, c’est une nouvelle vie ». Le moine doit être « mort à l’intérieur ». Il doit être « concentré ». Ne pas être déstabilisé par ce qui l’entoure. Il faut une « pensée, une parole et un corps propres » même si cela est quasiment impossible à realiser. 

Au milieu de cette agitation, Rom-Chang prend son temps, il prendra sûrement aussi le temps de vous parler. Pour cela, il suffit de vous rendre au 44-46 avenue d’Ivry. Vous pourrez même lui apporter une « offrande » comme il dit. Il les mettra dans le bol qu’il tient.  Que ce soit de la nourriture ou une pièce, il s’en contentera. Il y est tous les jours dès 9h30.

Rom-Chang prend son temps et c’est l’un des seuls à le faire ici, car comme le dit un client du centre : « ici tout le monde sait mais personne ne parle ». Et effectivement cette communauté asiatique est difficile à approcher même en cette semaine du nouvel an chinois.

Sarah C

Crédit image à la Une  : TusitaStudio

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