[Reportage] Quand les lanceurs d’alerte inspirent les artistes

Les lanceurs d’alerte luttent contre les violations des droits aux dépens de leur propre liberté. Inspirés par leurs actions héroïques, les artistes engagés s’expriment sur l’importance de la transparence.

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Les boîtes noires de l’artiste grecque Danae Stratou. Crédits photo : Flickr / Art History

« En 2013 nous allons vaincre« , écrit sur un morceau de papier Julian Assange, abrité par l’ambassade d’Equateur à Londres. Dans une vidéo sans son, enregistrée il y a quatre ans, le co-fondateur de Wikileaks adresse un message, appelant à la libération des hackers et des lanceurs d’alerte en détention. Aujourd’hui, en 2017 les choses ne semblent pas avoir beaucoup changées pour eux. Même si Chelsea Manning a récemment bénéficié d’une grâce du président sortant Barack Obama, d’autres « whistleblowers » se trouvent dans des conditions moins avantageuses : Julian Assange est toujours enfermé entre quatre murs à l’ambassade pour éviter l’incarcération pour espionnage et Edward Snowden se cache pour les mêmes raisons en Russie, où il a trouvé asile. Ces lanceurs d’alerte se sont mis personnellement en danger pour oser dire publiquement leur désaccord au nom de l’intérêt général. Les conséquences sont dramatiques. Ils ne peuvent plus revenir dans leurs pays d’origine, voir leurs familles et leurs amis.

Un monde transparent où on voit rien

Pour faire remarquer les actions courageuses des lanceurs d’alerte le centre culturel la Gaîté lyrique organise une exposition spéciale, des conférences et des spectacles, consacrés à ce sujet. Pour Marc Dondey, directeur général du centre, la question de l’alerte est tout d’abord une question artistique et citoyenne :

Le rôle des lanceurs d’alerte, c’est aussi celui de chacun de nous dans son usage des nouvelles technologies et pas simplement d’une maniéré protectrice, mais aussi par l’action.

C’est pourquoi Marc Dondey a rassemblé ici des installations des artistes digitaux comme Mediengruppe Bitnik, qui consacrent leur œuvre à Chelsea Manning et Edward Snowden, et a invité des collectifs d’acteurs et de musiciens à s’exprimer sur la liberté d’expression et la transparence.

« Notre monde d’aujourd’hui est transparent, mais en même temps on voit rien, estime l’artiste israélienne du groupe musical Winter Family Ruth Rosenthal. Je viens d’un endroit qui n’est pas du tout transparent. Là-bas tu apprends que peu importe quelle transparence tu peux avoir, tu vas jamais apprendre la vérité. Du coup tu penses qu’elle n’existe pas, soupire-t-elle.

Deux réalités des Etats-Unis

Pendant une table ronde, organisé par l’Institut français à la Gaîté lyrique, on entend des voix d’artistes américains, inquiets de l’arrivée de Donald Trump au pouvoir. En buvant des bières devant un public silencieux, deux activistes du show The Yes Man s’enragent contre leur nouveau président:

Ça nous rappelle l’époque de Hitler! Il semble que les Etats-Unis aient adopté un système où la moitié des gens comprend très bien ce qui se passe. C’est transparent! On sait que quand Donald Trump dit quelque chose, il entend le contraire. Comme s’il ne gardait aucun secret! Ainsi on vit dans deux réalités.

La question de transparence est utilisée par le nouveau président américain d’une maniere ambivalente. Son élection est une raison de plus pour devenir conscient par rapport à la surveillance de mass, soulignent les artistes. Le data collecté (pas toujours d’une façon légale!) peut être utilisé contre certains groupes de citoyens.

On a tous quelque chose à cacher

« On ne peut jamais savoir ce qui va se passer avec les données collectés, estime Ali Ahoi du collectif Peng!. Bien avant l’arrivée d’Adolf Hitler au pouvoir l’empereur allemand William Friedrich a réalisé la mise en fiche pour la première fois. En arrivant les nazis ont trouvé à leur disposition des données sur les Juifs, les Roms et les homosexuels« , rappelle l’artiste.

Donc, il s’avère que l’argument « Je n’ai rien à cacher » n’est pas valable. Apparement ce ne sont pas les citoyens qui décident ce qu’il faut cacher ou pas. Avec un changement politique drastique chacun de nous, même le plus vertueux, peut facilement se retrouver sur une liste des personnes « non grata ».

Anahit Miridjanian

Image à la Une : Julian Assange. Crédits photo : Flickr / javierjarai_1

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