Tous En Scène (ou presque)

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Des animaux qui parlent, mais pas que… Dans « Tous En Scène », on chante avant tout. Après avoir étiré son concept des Mignons au maximum, le studio Illumination teste une nouvelle formule. Attention au mauvais mélange. 

On s’attendait à pire. Si les studios Pixar et Disney tentent, parfois, de porter leurs films d’animation avec un message lourd de sens, d’autres font gage de légèreté. Avec 10 ans de carrière, le studio américain Illumination s’est hissé parmi les plus grands. Non pas en terme de qualité, mais plutôt en quantité. Après avoir propulsé la franchise Moi Moche et Méchant, les créateurs se sont attardés sur un long-métrage consacré uniquement aux Minions, ces petites créatures jaunes (insupportables) finalement tout sauf mignonnes. Cette année, le studio revient sur le devants de la scène (jeu de mot oblige) avec une toute nouvelle équipe. En proposant une comédie musicale animée, Illumination déçoit à moitié. Tous En Scène n’est autre qu’un film pour enfant, voire pour adolescent… et rien d’autre.

Une qualité d’aventure

Si le film réalisé par Garth Jennings pêche sur le fond, c’est néanmoins sur sa forme qu’il réussi à primer. Tous En Scène, c’est le film d’animation familial, jovial et agréable au visionnage. Il semble calibré parfaitement pour convenir à une tranche d’âge précise ; celle de l’insouciance (là se posent les limites du film). Il n’y a aucun doute, le studio Illumination est doué. Tout d’abord, pour son caractère principal : l’animation. Réussie, fluide et variée, celle-ci profite d’une 3D originale. On regrette cependant un design peu inspiré de certains personnages. Un cochon qui parle, c’est rigolo, mais une véritable touche d’originalité n’aurait pas été de refus.

Le véritable point fort du film demeure son soucis de l’aventure. Comment rendre une comédie musicale palpitante ? Le socle narratif, de base bancale, rendait la tâche difficile pour Jennings de ne pas procéder à des facilités. Ainsi, les personnages chantent tous et surtout ils chantent tous très bien. En reprenant les fameux hits de ces dernières années, le film tend les deux mains vers les spectateurs en piochant dans la culture populaire. C’est maîtrisé, mais encore une fois, convenu.

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Une audition ouverte à tous…

Côté personnages, mention spéciale à Buster Moon, ce petit koala qui rêve éveillé en tentant de redorer la réputation de son théâtre en recrutant des chanteurs. Cinq candidats sont donc retenus pour ce fameux défi : une souris aussi séduisante que sournoise, un éléphant timide et dévoré par le trac, une truie mère de famille totalement débordée par ses 25 marcassins et fan de Katy Perry, un jeune gorille qui ne manque pas de tirer les plans sur la comète et enfin une porc épic punk qui ne désire que de se lancer dans une carrière solo et qui peine à se débarrasser de son petit ami à l’égo surdimensionné. Tout ce petit monde va venir chercher sur la scène de Buster l’opportunité qui pourra changer leur vie à jamais.

La palette animalière que propose Tous En Scène est plutôt complète, bien que familière. Aujourd’hui dans le cinéma d’animation, ce besoin permanent de donner vie à des animaux devient de plus en plus obsolète. Cette jolie histoire théâtrale marque par son aspect comique et décomplexée, mais ne manque pas de pêcher sur certains points cruciaux. En effet, la coquille peut être magnifique, elle n’en reste pas moins sujette au vide…

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Rosita, mère de famille et chanteuse à ses heures perdues

Un défaut volontaire

Tous En Scène aurait pu être un très grand film d’animation. Malheureusement, outre le fait qu’il ne propose pas de réflexion particulièrement utile au spectateur, sa facette « facile » surplombe l’ensemble. Les arcs narratifs, qui s’enchaînent (auditions, concerts…) sont parfois malmenés par des péripéties trop superficielles pour apporter une dimension suffisante. Forcément, si les ficelles qui tirent le film sont rigides, ce dernier ne peut se permettre les souplesses nécessaires au coup d’éclat. Les gags, efficaces certes, ne sont pas forcément tous drôles puisqu’ils ne brassent les mentalités de toutes les générations. Au contraire, ils sont destinés, comme dit plus haut, à une décennie particulière, ce qui peut leur donner un côté « futile ».

Avec le recul, Tous En Scène plaira par son honnêteté et sa formule « feel-good », mais force est de constater qu’on aurait pu espérer (un peu) plus de Garth Jennings. C’était l’occasion pour lui par exemple, de rendre hommage aux plus grandes comédies musicales de l’histoire du cinéma. Tous En Scène n’est en rien une lettre d’amour au genre, il reste, malgré son efficacité, trop en surface, faute de réelle prise de risque.

Samuel Regnard

Tous En Scène, réalisé par Garth Jennings, au cinéma le 25 janvier 2017.

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