[Reportage] Le tatouage pour tous ?

7 millions. Aujourd’hui, en France, 7 millions de personnes déclarent être tatoués. L’encre sur le corps est de plus en plus à la mode, mais ce milieu est-il réellement accessible ? Reportage.

« Aujourd’hui, ça ne va pas être possible, désolé ». L’aiguille de son collègue carbure déjà, Sébastien, lui, vient d’arriver. Il feuillette son agenda. Ce vendredi 20 janvier, ce tatoueur du 4ème arrondissement parisien, est plein. Juste une pause pour manger est prévue. Si l’industrie du tatouage marche si bien, elle le doit à une demande toujours plus importante. Aujourd’hui, 7 millions de Français déclarent être tatoués, soit 14% de la population majeure. L’encre s’invite donc de plus en plus sur le corps des habitants de l’Hexagone. Un effet de mode ? Oui et non. « Il y a une mode du tatouage, c’est certain, mais le tatouage est surtout rentré dans les mœurs. » Pourtant, le tatouage n’a pas toujours eu bonne image. Autrefois arboré par les voyous, les marins ou les prisonniers, le tatouage s’est depuis démocratisé.

« Depuis 10 ans, ça n’arrête pas. Le tatouage s’est démocratisé car il s’est médiatisé, notamment grâce aux stars et aux footballeurs. »

Les stars du ballon rond comme source d’inspiration donc ? Pour les hommes en tout cas. « Il y a autant d’hommes que femmes qui se font tatoués, mais les hommes deviennent plus facilement accros. » Les femmes, elles, sont plus discrètes. « Le symbole infini, les chiffres romains, les citations latines, sont de véritables bestsellers chez les femmes. » La gente féminine est donc plus mesurée que la masculine, mais des extrêmes existent dans les deux groupes. Des personnes tatouées de la tête au pied, oui cela existe. « Comme dans tout, il y a une limite. Trop de tatouage tue le tatouage. Les extrêmes ne sont jamais bons, donc c’est le même cas ici. » Recouvrir son corps d’encre, il faut le vouloir, mais surtout le pouvoir…

Le footballeur Zlatan Ibrahimovic possède de nombreux tatouages sur le corps. (Crédit photo : philippe Wojazer/REUTERS)
Le footballeur Zlatan Ibrahimovic possède de nombreux tatouages sur le corps. (Crédit photo : Philippe Wojazer/REUTERS)

Un milieu pas si accessible

« Entre 80 et 200€ pour un petit ou moyen tatouage ». Une simple fleur ou un papillon imprimé sur votre chair, et votre compte en banque le sentira également passer. Le prix, voilà ce qui en refroidit plus d’un. « En moyenne, 20% des gens qui rentrent dans le magasin repartent sans tatouage », confie Sébastien.

« Après, on peut en avoir moins cher. Il y a de plus en plus de tatoueurs à Paris, mais ils ne sont pas tous très regardant sur les conditions d’hygiène. »

Un tatouage, c’est un budget tout de même, comme le regrette Samuel, 20 ans. L’aiguille ne freine guère ses envies, mais le prix à trois chiffres, oui. « Le meilleur prix que j’ai trouvé jusqu’à présent, c’est 150€ ! » Le bras de Samuel attendra donc avant d’arborer la note de musique que le jeune homme désire tant. Passé le cap du budget ou encore celui de l’hygiène, vient celui du temps. En effet, bientôt peut-être nous prendrons rendez-vous chez le tatoueur comme chez le dentiste. « Pour les petits tatouages, ça peut aller vite mais pour les grands, ça prend plus de temps, c’est logique ! » Le temps d’attente est encore loin de celui d’un ophtalmologiste, mais on ne devient pas tatoué du jour au lendemain. Et encore faut-il passer le cap de la peur… « Il faut rassurer les clients. C’est certain, un tatouage fait mal mais il faut faire du mieux possible pour les aider à surmonter cette douleur. Tous les tatoueurs ou presque sont tatoués donc il connaisse la douleur de l’aiguille, donc ça aide à faire le moins de mal possible. » La douleur, les conditions d’hygiène, le prix, ou encore l’attente, le parcours d’un tatoué apparaît semé d’embûches…

Paul Lauterbach

Crédit photo à la une : afp
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