Cannabis : qui pense quoi ?

La primaire citoyenne a relancé le débat sur la dépénalisation du cannabis en France. Un sujet plus tabou à droite et rarement aussi débattu que dans l’Hexagone. Sommes-nous en retard sur nos voisins ? Qu’en pensent les candidats à la présidentielle 2017 ? Revue des positions.

« Et vous, vous avez déjà consommé du cannabis ? » Cette question, souvent posée par les journalistes aux politiques défendant la légalisation de cette drogue douce, est peut être une des raisons qui les poussent à ne pas souvent débattre de ce sujet.

La primaire citoyenne, opposant sept candidats de gauche, a remis la question sur la table, après une primaire à droite beaucoup plus discrète sur le sujet. Il faut dire que la question est épineuse, et tous les politiques ne sont pas d’accords, même au sein de leur propre parti.

« Dépénaliser » et « Légaliser » sont les deux mots qui reviennent le plus souvent dans les débats. S’ils sont assez proches, ils sont pourtant bien distincts. Le premier signifie simplement renoncer à punir pénalement l’utilisation de cannabis, ou au moins de diminuer le niveau de l’infraction infligée au consommateur. Le second est plus souple, et donne un cadre légal à l’utilisation du stupéfiant. Malgré tout, ce cadre peut être très restrictif, avec par exemple un type de consommation limité, comme dans le cadre thérapeutique.

Crédits : Frédéric Deligne

Des politiques en désaccord

Ces deux mots partagent les politiques. Pourtant du même bord politiques, les sept candidats à la primaire de gauche sont loin d’être unanimes sur le sujet. Benoît Hamon, Sylvia Pinel, François De Rugy et Jean-Luc Bennahmias sont eux d’accord pour légaliser le cannabis, ne serait-ce que pour essayer. François De Rugy souhaiterait légaliser cette drogue pendant 5 ans, afin d’avoir un vrai point de vue sur la question.

Arnaud Montebourg et Vincent Peillon sont, comme le candidat d’« En Marche ! » Emmanuel Macron, favorables à l’ouverture d’un débat sur la question, sans pour autant aller dans le sens d’un légalisation ou d’une dépénalisation. L’ancien premier ministre Manuel Valls est le seul candidat a avoir une position réfractaire sur le sujet. Il n’est pas le seul, puisque de nombreux politiques de droite partagent son avis, comme Jean-François Copé, Marine Le Pen, Nicolas Dupont-Aignan et François Fillon. La seule politique de droite favorable à une dépénalisation est Nathalie Kosciusko-Morizet, sans pour autant aller jusqu’à une légalisation. Dans cette idée, elle est soutenue par le leader du mouvement La France insoumise Jean-Luc Mélenchon, et le candidat du nouveau parti anticapitaliste Philippe Poutou.

Chez les verts, la musique sonne à l’unisson : Cécile Duflot et Yannick Jadot sont tous les deux en faveur d’une légalisation. « On manque de courage et de lucidité à ce sujet » avait déploré l’ancienne candidate à la primaire écologiste.

Crédits : EMCDDA

Une Europe à l’image des politiques français

Si la question dérange en France, l’Europe est elle-aussi, en désaccord sur la politique à appliquer.

Seuls l’Espagne et les Pays-Bas ont complètement légalisé le cannabis, majoritairement dans un cadre personnel.

L’Allemagne, la Croatie, l’Italie et six autres pays européens ont dépénaliser le cannabis. Certains autorisent la consommation comme l’Allemagne, d’autres infligent de simples amendes ou moins chères qu’avant. Le Portugal fut le premier pays à dépénaliser le cannabis en 2001, et traite les toxicomanes comme des malades et non des criminels. Si la consommation n’est pas punie, la vente l’est toujours.

Seize pays européens, dont la France, l’Autriche, la Belgique et la Grèce restent campés sur une interdiction totale de vente et de consommation de cannabis. Mais de manière générale, la possession d’une faible quantité pour un usage personnel est rarement puni. Certains pays sont même intransigeants sur la question, comme la Suède ou la Slovaquie.

Aux Etats-Unis, 29 des 50 Etats ont adopté une politique plus douce à l’égare du cannabis. La Californie et l’Arizona ont récemment pris ce chemin, en Novembre dernier. Nulle doute que le débat avancera de plus en plus en France également. Sans pour autant connaître le futur du cannabis.

Antoine LHERMITTE

*Crédits image de couverture : drogues-dependance.fr

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