[Reportage] « Il se pourrait que Ma Vie de Courgette devienne culte »

Un film qui n’a rien d’un légume. Si Ma Vie de Courgette est né des mots et des mains de Gilles Paris, à l’écran, l’adaptation a tardé. Le résultat y est, 1h06 d’émotions purement contrastées. Rencontre avec Céline Sciamma, scénariste du film et Gilles Paris, lors d’une projection exceptionnelle du film, récemment nominé aux Oscars. 

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De gauche à droite : Gilles Paris auteur du livre, Céline Sciamma, scénariste du film et Olivier Delcroix, journaliste cinéma au Figaro

Un dur labeur de marionnettes. Ma Vie de Courgettefilm d’animation réalisé par Claude Barras, auteur de quelques courts-métrages (Mélanie, Banquise, Patate…), nous a été présenté en projection à l’UGC Ciné-Cité de Bercy. Trois mois après sa sortie au cinéma, Ma Vie de Courgette, c’est « plus de 700,000 entrées », un prix au Valois de Diamant au Festival d’Angoulême en août 2016, le Prix du Public au Festival de San Sebastian, une standing-ovation à la Quinzaine des Réalisateurs et au Festival de Cannes… Un joli triomphe crescendo. Qui l’eut cru ? Céline Sciamma ne cache pas son enthousiasme, « lorsque Claude Barras et moi avons commencé à travailler sur Ma Vie de Courgette, jamais nous nous serions imaginés un tel engouement, une telle passion ». 

Voici un des premiers teaser, dévoilé en 2015.

Tiré d’une histoire vraie ?

Une courgette, vraiment ? Gilles Paris explique : « A la fin de l’écriture de mon livre, mon personnage s’appelait toujours Icare. Pourtant, il manquait indéniablement quelque chose. Vous savez, lorsqu’on est petit, on a forcément un surnom rigolo. Courgette, c’est facile à retenir, percutant et surtout incroyablement attachant ». Adapté de son livre Autobiographie d’une Courgette, le film Ma Vie de Courgette n’est pourtant en rien un miroir de son enfance. Au contraire, « j’ai essayé de me mettre dans la peau d’un enfant d’une quelconque génération, qui a vécu de terribles événements traumatisants, mais qui découvre une nouvelle famille en maison d’accueil ». 

Découvrez un extrait de Ma Vie de Courgette, la visite de Raymond au centre d’accueil.

L’histoire d’Icare donc (ou Courgette, pour les intimes), est touchante. Sans trop dévoiler l’histoire, le film parvient en un peu plus d’une heure à bâtir un panel de personnages étonnants, tout en portant un message fort sur l’acceptation de soi, la rédemption et surtout l’amour. Une émotion dont l’enfant (et l’adulte) a cruellement besoin, pour grandir et s’épanouir. « Courgette est débrouillard, vaillant, je ne pense pas qu’il inspire de la pitié. La réussite de ce scénario tient aussi dans le traitement très périlleux de ses personnages, évoquant habilement les démons du passé pour mieux les chasser à la lueur des amitiés fleurissantes »ajoute Gille Paris. Le présent qui vainc le passé, résultat d’une réflexion longuement mûrie.

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Image officielle du film Ma Vie de Courgette montrant Courgette et Camille, aux bras du policier Raymond

Equilibriste

Ma Vie de Courgette, en hommage à son support littéraire, a notamment été construit comme un film à part entière. Le scénario, Céline Sciamma (réalisatrice de Tomboy et Bande de Filles, entre autres) l’a élaboré et fignolé depuis 2012. En finalité, « il est maîtrisé, il parvient à se détacher tout en respectant l’âme du livre » félicite Gilles Paris, le sourire aux lèvres.

« Elle a aussi incroyablement bien su doser l’équilibre subtil entre émotion et humour, péripétie et réalisme social »

Céline Sciamma souligne la qualité d’une écriture nuancée, jouant sur une certaine sensibilité enfantine : « il y a notamment cette scène dans la fête foraine. Courgette tire, en vain, à la carabine sur des ballons. Son amie le lui prend et réussi à tous les exploser. Elle pose l’arme et déclare que son père lui a appris à tirer avant de se donner la mort. Une petite fille de 8 ans à peine ! C’est une dimension très triste et sombre, mais racontée de la bouche d’une enfant, cela permet au film de prendre un recul intéressant ». En effet, puisque cela ne les empêche pas de continuer leur aventure foraine. Gilles Paris conclu l’échange : « Ma Vie de Courgette, comme mon livre, ne s’adresse pas à une tranche d’âge particulière. Les enfants, comme les adultes, peuvent, je l’espère, être émus par l’histoire de Courgette. Certains peuvent s’y reconnaître, d’autres non ».

« Tout ce qui importe, c’est que ce petit garçon soit comme nous tous : humain »

Direction l’Eldorado

En flirtant avec le million d’entrée, Ma Vie de Courgette est un réel succès. Une surprise, avant tout, pour un film d’animation de cette envergure. Ce n’est ni un Pixar, ni une production des studios Ghibli. Privilégiant les plans séquences et les prises de vues réelles sur des marionnettes articulées, le film possède ce côté « home-made » qui charme les spectateurs et la critique. Avec ses premières statuettes sous le bras, Ma Vie de Courgette demeure un sérieux candidat pour les Oscars. Jusqu’aux résultats, tous se contentent pour l’instant du présent : celui d’un film qui risque, dans les prochaines années à venir, de devenir une référence du genre  : « il se pourrait que Ma Vie de Courgette devienne culte« . Le cinéma d’animation français n’est pas encore mort.

Samuel Regnard

Ma Vie de Courgettefilm réalisé par Claude Barras, sorti au cinéma le 19 octobre 2016, toujours diffusé dans quelques salles d’arts et d’essais

image à la une : photo officielle du tournage de Ma Vie de Courgette, réalisé par Claude Barras.
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