Nocturnal Animals : lecture possessive

Pour son deuxième long-métrage, Tom Ford a écrit et réalisé Nocturnal Animals comme un prisme cinématographique. On découvre une romance alambiquée qui rassemble tout les codes du thriller contemporain : désir, violence et mystères indécelables.

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Un livre pour tout faire basculer

Difficile de résumer de manière succincte Nocturnal Animals. Susan Morrow (Amy Adams), bourgeoise passionnée d’expositions, est malheureuse. Pourtant, elle possède tout pour elle… ou presque : un homme charmant mais absent (Harmie Hammer, aperçu dans The Social Network de David Fincher) et une maison spacieuse sur-équipée. En soit, une vie plutôt bien rangée. Si ce n’est jusqu’à l’arrivée de son ex-compagnon, avec lequel elle n’avait plus aucun contact depuis presque 20 ans. Tony Hastings (Jake Gyllenhaal) lui envoie un courrier. Dans ce-dit colis se cache un script. Tony est écrivain, ou du moins, a toujours tenté de l’être, si ce n’est avoir cultivé les échecs au temps où il était avec Susan. Cette dernière n’a d’ailleurs jamais eu confiance en son talent caché. Malgré le temps passé, Susan ouvre le colis et découvre petit à petit ce nouveau roman qui lui semble adressé… au mot près. Plongée dans une histoire racontée par des mains de maitre. Tony écrit aussi bien Nocturnal Animals que Tom Ford le réalise. Un double-jeu aux multi-facettes.

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Amy Adams dans la peau d’un personnage torturé car torturable

Puisque si Susan ne peut plus décrocher du roman, nous aussi. Le réalisateur raconte comme Tony cette trame morbide et sanglante partant d’un enlèvement (on n’en dira pas plus). Alors que Susan tourne les pages, l’histoire continue, sans relâche. Démarre un double film passionnant et sans scrupule.

Subtilité(s)

Le génie de Nocturnal Animals, c’est de contenir son message jusqu’au bout. Si Tony veut faire culpabiliser Susan pour leur passé tumultueux, il ne le fera pas « physiquement ». Non, il attaquera avec son arme la plus redoutable, la plus cruelle : le mot. Son livre est comme le manifeste de son désarroi, de sa haine envers son ex, qui l’a laissé tomber. L’histoire qu’il raconte est sans pitié. Susan est touchée en plein cœur, sa vie en dehors du livre lui est déformée. La première partie du film, plus axée sur la découverte, nous laisse sur le même chemin que Susan. Que ce passe t-il réellement ? Le livre raconte t-il une histoire vraie ? Ou est-ce de l’entière manipulation passive ? Peu à peu, alors que nous nous éloignons du réel, on en découvre paradoxalement la vérité. Le film vire au cauchemar « hitchockien ». Entre poursuites nocturnes et vengeances personnelles, une chose est certaine : Tony est bien là, tel un spectre, derrière ces mots. Il semble observer Susan se dépérir de son histoire.

NOCTURNAL ANIMALS
Une rude épreuve pour Susan, confrontée à son passé

Tom Ford, qui travaillait auparavant dans la mode, en a forcément retenu des leçons. L’esthétique, ultra-léchée, sert un récit détaillé et infaillible. Le tout apporté par une musique exceptionnelle, mémorable. Impossible d’y trouver une incohérence, difficile de trouver la perfection aussi. Le film déroute autant qu’il plaît, puisqu’on ne comprend pas tout. Tout y est, puisque tout est dérangé. C’est ce qui fait du réalisateur un artiste à suivre de très près. Peut-être que les réponses viendront au cours des prochaines projections de Nocturnal Animals… sauf si la part de mystère est un choix volontaire qui conditionne le film, le façonne comme tel.

Samuel Regnard

Nocturnal Animals, réalisé par Tom Ford, avec Amy Adams, Jake Gyllenhaal, Michael Shannon, Harmie Hammer, Aaron Taylor-Johnson, Jena Malone… Actuellement en salles.

image à la une : capture d’écran de Jake Gyllenhaal, dans le film Nocturnal Animals de Tom Ford.
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