Salon du livre et de la presse jeunesse : mais où sont les livres ?

La 32e édition du Salon du livre et de la presse jeunesse en Seine-Saint-Denis ouvrait ses portes le 30 novembre dernier, pour six jours. La rédaction de Mosaïque s’est rendue sur place vendredi, et surprise: le ludique a pris le pas sur les « vrais » livres. 

Mathieu, 10 ans, est surexcité. Il lit une bande dessinée, casque de réalité virtuelle sur les yeux. A l’exposition « La règle et le jeu, laboratoire sensoriel de lecture » du Salon du livre et de la presse jeunesse, les livres de notre enfance semblent dépassés. Certaines fois, il n’y a même pas de lecture. La forme est plus soignée que le fond. Dans un  monde où la concurrence est d’or et où le livre est plus que jamais éphémère, les « écrivains » redoublent d’inventivité. Les sens sont exploités et stimulés et les jeunes enfants découvrent de nouvelles façons de lire.

Crédit Photo : Sarah C
Crédit Photo : Sarah C

Ce cylindre est inspiré d’un roman. Un roman que beaucoup d’enfants qui visitent cette structure ne connaissent pas. Léa, 8 ans est en CE2, elle est en sortie avec sa classe : « Je ne sais pas ce que c’est. Je n’ai pas compris ce que ça faisait ». Difficile de comprendre en même temps, il n’y a que le nom de l’auteur sur la structure. Aucune description. Il faut s’adresser à une hôtesse du salon pour en savoir plus : « cette structure est l’adaptation d’un livre de Paul Cox, Le livre le plus long, où quatre pages alternent le jour et la nuit. Les pages y sont reliées par une spirale et, nuit et jour peuvent se succéder indéfiniment. Ici, c’est la même chose, le visiteur tourne autour de la structure et y entend et voit tous les bruits d’une journée. En tournant autour de ce voile blanc, c’est comme si il venait de vivre une journée ». L’exposition porte bien son nom, il ne manque plus que la lecture.

Juste à côté une autre structure. Cette fois c’est un carré. Comme pour la précédente œuvre, il n’y a rien d’écrit. Mais là, tout ce que le guide peut nous en dire c’est qu’il s’agit d’un carré dont chaque face produit un son selon la façon de la toucher. Une question nous vient à l’esprit : Mais que vient faire ce genre de chose dans un salon du livre ? Et pire, pourquoi est-elle autant mise en avant ? Certes le salon s’adresse aux enfants mais les enfants doivent aussi être éduqués, non ?

Crédit photo: Sarah C
Crédit photo: Sarah C

Pour l’instant j’ai juste joué, je n’ai pas encore lu

Cette installation est un véritable succès. Mais plus loin une autre activité est le centre d’intérêt de 20 enfants rangés en rang qui trépignent d’impatience en attendant leur tour. Ce qu’ils attendent c’est d’essayer un jeu d’exploration en réalité virtuelle. C’est le premier jeu vidéo de ce type adapté d’une bande dessinée. S.E.N.S VR  est à l’origine un roman graphique de Marc-Antoine Mathieu publié aux éditions Delcourt. Le jeu déploie l’univers graphique du livre en 3D et repense son scénario et le lien étrange qui unit le lecteur au personnage. Il repousse les codes de la BD, du jeu vidéo et de la réalité virtuelle.

Mathieu tente l’aventure. Il doit suivre toutes les indications qui lui sont proposées comme le fait le personnage du livre. « C’était super, c’est spécial. On incarne un personnage, on doit enquêter, trouver des objets, il y a des flèches qu’on doit suivre… il n’y avait que le début du livre. Le reste je ne sait pas si on peut la faire. Je ne sais pas où la trouver. Je crois qu’on ne peut pas l’acheter ». Pourtant, il est bien possible de jouer à ce jeu puisqu’il est disponible sur les casques de réalité virtuelle Samsung Gear CR et Oculus Rift ainsi que sur les casques type Cardboard sur iOS et Androïd. Et l’expérience est même jouable sans casque sur l’écran tactile de téléphone ou tablette IOS ou Androïd.

Crédit photo : Sarah C
Crédit photo : Sarah C

Même si il n’y a  pas de texte et d’histoire classique, ça reste des livres.

La femme sur la photo conseille Mathieu. Elle affirme qu’il lit. « Avant de faire le jeu il a regardé le livre, il a donc lu, là c’est une concrétisation de sa lecture. Certes il n’y a pas d’écriture dans le livre mais c’est un nouveau genre de livre ».

Les dessinateurs et les graphistes s’imposent de plus en plus dans ce monde. La duré de vie d’un livre pour enfant est très courte et une véritable compétition s’y joue.

Manon est libraire généraliste, elle présente des livres qu’elle vend au sein de sa librairie : « Ici, il a plusieurs auteurs, illustrateurs, que je ne connaissais pas avant de faire le salon parce que ce sont des livres objets souvent rares, coûteux et qu’on ne vend pas forcément en librairie. Il n’y a pas vraiment de nouveauté, le livre reste inclassable mais c’est vrai que les livres dépassent les livres classiques. Il y a des livres qu’on peut secouer, il y a des livres 3D ou en pop-up mais aussi des livres qui travaillent sur des sensations. Même si il n’y a pas de texte et une histoire classique, ça reste des livres. En fait ce que va voir le jeune public dans l’exposition, il va pouvoir en retrouver quelques parties dans nos stands et va pouvoir les acheter ». Pourtant peu d’enfants repartent avec des livres « vu » au sein de l’exposition. Chloé a 7 ans et la petite fille blonde affirme : «  J’ai regardé un peu tout, ce qui me plaît le plus ce sont les livres normaux. J’aime bien les livres originaux mais mon préféré ce sont les livres normaux. » tandis que Sabri, 9 ans, renchérit : je m’amuse un peu. Il y a des choses intéressantes mais d’autres, c’est moyen. Par exemple il y a une boîte où quand on touche les faces ça fait de la musique, ça c’est bien. J’ai lu quelques livres mais je préfère les BD. J’aime bien les livres un peu bizarres qu’il y a ici mais chez moi je n’ai que des BD. ».

L’exposition ressemble plus à un terrain de jeu qu’à une exposition dédiée aux livres. Manon, 7 ans, joue : « On fait un concours de maisons avec des formes qui viennent d’un livre. Pour l’instant, on a fait que joué ». La petite fille est loin d’être la seule à n’avoir pas lu de la matinée. Rares sont les enfants qui lisent vraiment. « Chez moi je n’ai pas de livres comme ceux là mais j’aimerai bien en avoir. Je n’ai pas encore lu mais je vais peut-être le faire après ».

Sarah C

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