[Édito] Jacqueline Sauvage, et si la victime était coupable ?

L’histoire de Jacqueline Sauvage, victime de violences conjugales pendant plus de quatre décennies, ne cesse de défrayer la chronique. Jeudi dernier, la sexagénaire s’est vue refuser une nouvelle demande de libération anticipée, après quatre ans passés derrière les barreaux. Un nouveau refus qui confère, plus que jamais, à la « victime » son statut de coupable.

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©Cindy Hubert

Jacqueline Sauvage s’est rendue coupable de meurtre avec préméditation lorsqu’en 2012, elle a exécuté son mari de trois coups de fusil de chasse dans le dos. Une réponse éminemment réfléchie et mesurée, à quarante-sept années de viols et de violences au sein de la famille. Condamnée par la justice à 10 ans de réclusion pour cet acte criminel, elle purge actuellement sa quatrième année en prison. Au cours de ces quatre années d’incarcération, Jacqueline Sauvage n’a toujours pas fait pénitence, raison pour laquelle sa demande de libération anticipée a été à nouveau rejetée.

Jacqueline Sauvage, le visage tuméfié de la lutte contre les violences conjugales

La cour d’appel de Paris reproche à l’accusée de profiter de la surmédiatisation de l’affaire pour appuyer son statut de victime et ne pas purger son crime. En effet, une multitude de personnes et d’associations (notamment féministes) militent depuis la mise en détention de Jacqueline Sauvage, afin qu’elle soit exemptée de toute sanction. Pourtant celle que bon nombre considèrent comme une victime est bel et bien coupable. Coupable de meurtre avec préméditation.

PROCES SAUVAGE
©Maxppp

Violée, battue et rabaissée pendant des années dans une union de fait malheureuse, Jacqueline Sauvage a tué de sang-froid pour se libérer d’un mari qui avait substitué la caresse au poing depuis bien longtemps. La sexagénaire a été érigée en martyr, en David terrassant Goliath. Placée sur un piédestal par des centaines de femmes qui crient à la justice patriarcale, Jacqueline Sauvage ne peut que se conforter dans l’idée que son geste était justifié et justifiable, et qu’elle n’a pas à en répondre. Pourtant c’est cette absence de remords qui lui a porté préjudice devant la cour, puisqu’elle est représentative de la préméditation de ce crime, par définition passible d’emprisonnement. 

Vers la légitimation de l’auto-justice?

« Le 10 septembre 2012, dans un pavillon de La Selle-sur-le-Bied, dans le Montargois, Jacqueline Sauvage charge un fusil de chasse de marque Beretta et tire dans le dos de son mari Norbet Marot, le tuant de trois coups de feu ».

L’acte est délibéré, l’homicide est volontaire, et la veuve n’a aucune intention de se repentir. En dépit des divers mauvais traitements qui ont ponctué sa vie d’épouse, la question se pose : le fait de vivre sous le joug d’un tyran aux mœurs douteuses justifie-t-il l’assassinat ? Libérer Jacqueline Sauvage serait prendre le risque de légitimer le principe d’auto-justice dans les cas présumés de violences conjugales, et d’amplifier un phénomène déjà existant. Inconcevable dans une société contemporaine, régie par un ensemble de lois pénalisant l’homicide volontaire. Il semble de fait légitime que Jacqueline Sauvage, qui est libérable en 2018, paie sa dette à la société.

Alyo

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