[Édito] Le jour où les médias ont élu le président Trump

Quarante-huit heures après la victoire on ne peut plus surprenante de Donald Trump à la tête des États-Unis, l’incompréhension règne en maître. Les médias nationaux et internationaux ont pourtant oeuvré d’arrache-pied à décrédibiliser le personnage. Malheureusement, cet acharnement médiatique autour de la houpette du candidat républicain en a fait la figure de proue de cette élection et a participé à son accession à la présidence. 

Le réveil est douloureux en cette nouvelle journée post-apocalyptique. Donald Trump est bel et bien President of the United States et je suis ulcérée. Tout le temps qu’a duré cette élection rocambolesque, le candidat républicain a brillé par ses frasques et sa personnalité nauséabonde. Sexiste, misogyne, islamophobe, xénophobe, libidineux, il prend le contre-pied de tout ce qu’étaient les valeurs de la famille Obama. Pourtant, avec ses idées anti-progressistes, Trump est le 45e président des États-Unis, et les médias sont en partie à blâmer pour ce désastre.

La mythification d’une menace

Au cours de ces derniers mois, les médias ont veillé avec minutie sur chacune des sorties des deux candidats en lice, tout en affichant un penchant pervers pour les déboires de Donald Trump. À l’affut du scandale, les médias du monde entier se sont attelés à révéler chacune des incartades du candidat républicain, ne lésinant pas sur le détail salace, et à couvrir de manière exhaustive la moindre de ses prises de parole. CNN, Libération, le Washington Post, le New York Times, Vanity Fair, El Periodico, chacun a apporté sa pierre à l’édifice visant à diaboliser celui qui est à présent le président des États-Unis. 

« Entre janvier et septembre, la campagne de Donald Trump a bénéficié de 822 minutes de temps d’antenne sur les trois principaux réseaux télévisuels des Etats-Unis (ABC, CBS et NBC), contre 386 minutes pour le camp Clinton ».

-FranceInfo

La majeure partie de la presse nationale et internationale était anti-trump et de fait convaincue qu’il ne pourrait pas vaincre Hillary Clinton. À tort. Ils n’ont pas pris conscience du fait que leurs choix éditoriaux ont largement participé à encenser le candidat qu’ils tentaient péniblement d’enterrer. À raison d’une dizaine de sujets par jour sur Trump, un monsieur jamais à cours de vulgarités, les journaux/ chaînes de télévision ont forcé l’intérêt du lecteur/ spectateur autour de ce personnage dont la grossièreté n’a d’égal que la franchise.

La promotion de la parole libérée

Ancien homme de télévision, magnat de l’immobilier, milliardaire et personnage initialement apolitique, Donald Trump se distingue d’Hillary Clinton par son franc-parler. Si tout n’est pas bon à entendre, pour le républicain tout est néanmoins bon à dire, tandis que pour les médias tout est bon à retranscrire. Grâce au travail d’orfèvre des journalistes qui n’ont pas jugé utile de filtrer certains propos, nous savons à présent que : les immigrés mexicains sont des dealeurs, des violeurs et qu’il faut ériger un mur pour les empêcher d’entrer en territoire américain, que les familles de terroristes doivent être exécutées, que les armes à feu sont nos amies, que le réchauffement climatique est une contrefaçon chinoise, et que l’islam (oui, la religion) hait les américains.

Avec la prolifération d’actes terroristes depuis le funeste 11 septembre, la plupart des américains vivent dans la peur d’une récidive. Les idées drastiques et isolationnistes du candidat (qui, il faut le dire, est pro-torture) concernant la sécurité nationale et la lutte contre les poseurs de bombes, largement diffusées par les médias, ont séduit un électorat anxieux et en colère. Donald Trump est devenu pour beaucoup celui qui dit tout haut ce que certains pensent tout bas. Ses discours sans langue de bois ont nourrit les gros titres et fait de lui une personnalité publique et médiatique transparente, par opposition à Hillary Clinton dont l’opacité a ébranlé l’intégrité. 

La sybilline Clinton

Le soutien des médias pour la candidate démocrate (76,05% des journaux américains), qui roule sa bosse en politique depuis un moment déjà, s’est bien trop souvent exprimé par un détournement de regard. Détournement de regard sur son état de santé. Détournement de regard sur Benghazi. Détournement de regard sur les accusations de triche lors du débat présidentiel. La candidate a été plébiscitée pour son sérieux, son intelligence, la pertinence de son programme et le caractère irréprochable de son engagement, face à la brebis galeuse qu’était son adversaire.

giphy

Le choix de l’inconsistance médiatique autour du sujet Clinton s’est traduit du côté des électeurs par un élan de méfiance à l’égard de la candidate démocrate. Un traitement à 50-50 de l’information aurait-il pu inverser la donne de cette élection pour le moins spectaculaire ? Tandis que les médias américains font leur mea culpa, suite à cette erreur de jugement, la question subsiste.

Alyo

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